Ducati Streetfighter V2 S : hara-kiri ?
Moins puissante, moins radicale, privée de certains symboles chers aux puristes, la nouvelle Ducati Streetfighter V2 S avait tout pour faire grincer des dents. Pourtant, derrière la fiche technique moins spectaculaire se cache une moto légère, précise et diablement plaisante. Hara-kiri ? Peut-être pas.
Habitué au Rosso Corsa, c’est pourtant face à une magnifique Streetfighter jaune que débute cet essai. Cette nouvelle Streetfighter V2 prend un tournant à 180 degrés, déboussolant les aficionados de la marque. En effet, avec sa nouvelle déclinaison, la SF perd plus de 30 ch, voit sa cylindrée diminuée, abandonne la distribution desmodromique ou encore le monobras. La firme de Bologne a-t-elle décidé de manger son assiette de pâtes avec des baguettes ?

Esthétique/ vie à bord
Le soleil se reflète sur ce nouveau V2 de la marque italienne faisant ressortir ses courbes anguleuses. Même si les changements sont nombreux par rapport à l’ancienne version, on est bien face à une Ducati Streetfighter.
Le monobras est remplacé par un double bras somme toute assez classique mais très joliment dessiné. Une double sortie d’échappement vient se loger sous la selle. Donnant, pour ma part, un aspect plus sportif que l’ancien V2.

La face avant est aussi passée par le bistouri avec une nouvelle optique, plus japonisante.
Chacun se fera son propre avis, mais l’ensemble est très bien réussi.
Une fois en selle, on est bien sur un SF, l’assise est ferme, les genoux sont pliés et on est relativement sur l’avant, pas pour autant une sportive, mais on n’enquillera pas les bornes non plus.
Comparée à la concurrence, l’assise est plutôt haute : 838 mm. Si l’ensemble paraît inconfortable, on est étonnamment bien installé dessus. Petit bémol, l’ergonomie de la béquille. Une vraie purge à déployer étant donné l’absence de « prise ».

Comportement
Démarrer une Ducati met directement dans l’ambiance. Vous relevez le bouton, pressez le démarreur quelques secondes et la magie opère. Une fois lancée, on est immédiatement en confiance. Le train avant est d’une précision diabolique. On met directement de l’angle et on oublie que les pneus ne sont pas encore chauds.
Tout est précis, elle nous mène là où notre regard se pose. Les grognements du bicylindre sont très agréables, même si relativement feutrés à bas régime.
Moteur

Le moteur ? Parlons-en ! Véritable sacrilège pour les ducatistes que d’avoir perdu plus de 30 ch depuis l’ancienne génération, il est pourtant incroyable à l’usage.
Du couple en bas, de l’allonge en haut, on se demande parfois si on est bien sur bi, tellement il est amusant à tous les régimes. Il a sûrement moins de caractère que l’ancien, mais quel tour de force la firme italienne a réalisé avec cette nouvelle déclinaison, un régal. On n’est jamais frustré par le « manque » de puissance sur route ouverte.
Le poids participe à la réussite de l’ensemble. Le modèle a fait une sacrée cure d’amaigrissement, avec pratiquement 20 kg perdus sur la balance.
Excessivement bien suspendue avec du Ölhins à l’avant comme à l’arrière, le train avant se place à l’œil.
Côté freinage, du Brembo M50, l’attaque manque un peu de mordant, il faut mettre un peu plus de conviction pour sentir les plaquettes se serrer. On aurait aimé une attaque plus rapide même si cela reste d’un très bon niveau.
Concurrence
Affiché à plus de 15 000€ pour la version standard et 18 290€ pour la V2S, Ducati est bien une marque premium. Tout cela sans option, par exemple le régulateur de vitesse et la connectivité du téléphone sont à ajouter à un tarif déjà élitiste. Mesquin ?
Là où les choses se compliquent, c’est que psychologiquement avec ses 120 ch, elle se place maintenant directement face à des roadsters de moyenne cylindrée tels que la Yam MT09, la Triumph Street Triple et face à des motos dont la puissance est bien supérieure comme la CB1000 Hornet ou la GSX-S 1000, mais avec un tarif toujours bien inférieur. Si on regarde tout cela de manière rationnelle, la nouvelle SF ne fait pas le poids.
Mais le rationnel est parfois peu de chose quand on parle moto, et en essayant la Ducati on tombe en amour : l’esthétique italienne, ce moteur, ce rouge (ou jaune), bref vous l’aurez compris on est dans de l’émotionnel et non du rationnel.
On achète également une marque, une histoire et sans doute aussi sa compétitivité en MotoGP.
La Ducati Streetfighter V2 ne s’est donc pas fait hara-kiri. Elle a perdu des symboles, oui, mais elle conserve l’essentiel : le plaisir, la précision et cette part d’émotion qui fait encore toute la différence.
